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19 septembre 2013 4 19 /09 /septembre /2013 14:54

 

Devenir Maman, devenir Papa. Etre parents.

 

Derrière ces mots et la simplicité apparente de leur signification se cache une réalité toute autre. Malgré tout le désir que l'on peut avoir à fonder une famille, l'arrivée des enfants est un bouleversement auquel on ne peut pas se préparer.

 

On sait tous, parce qu'on en entend suffisamment parler, que les premiers mois avec un bébé sont difficiles. Qu'ils chamboulent nos repères, malmènent nos habitudes. Que la fatigue est tellement prégnante que plus rien ne compte à part les quelques minutes de sommeil que l'on va pouvoir grappiller de-ci de-là. On regarde notre merveille, on s'extasie de sa joliesse, de ses progrès, de sa précocité. On est heureux au-delà des mots, au-delà de ce que l'on pensait possible.

 

Mais, déjà, une question se fait insidieuse : "Et moi, que suis-je au milieu de tout cela ?"

 

Parce qu'un tout petit demande tellement d'attention et de présence que plus rien ne compte à part lui.

 

On attend patiemment qu'il grandisse. On laisse le temps au temps en se disant que ce n'est qu'une période, et qu'il faut en profiter parce que cela passe vite.

 

Mais en réalité, rien ne change vraiment. Un enfant qui grandit ne demande pas moins de présence. Il a besoin que nous soyons à ses côtés pour lui assurer une stabilité affective. Pour l'aider à pousser sereinement et harmonieusement. Pour le surveiller, aussi, quand il commence à acquérir une certaine autonomie dans ses déplacements.

 

"Et moi, que suis-je au milieu de tout cela ?". Rien ne change.

 

J'ai très mal vécu la petite enfance de Loulou. Très mal. Je n'avais pas imaginé tout cela en désirant cet enfant. Je savais bien, pour avoir été une enfant puis une adolescente assez tourmentée, que tout n'est pas toujours rose dans la relation enfant-parents. Mais je ne savais pas tout le reste. Je n'aurais jamais cru, qu'au delà de devoir trouver ma place en tant que Maman, il faudrait que je trouve une place nouvelle en tant qu'adulte devenue Maman, et en tant que femme qui a eu un enfant.

 

Je ne me reconnaissais plus, je n'arrivais pas à être autre chose qu'une Maman. Mon univers tournait autour de ce bébé, et plus rien d'autre ne comptait. "JE" ne comptait plus. "NOUS" ne comptait plus. Et loin de me satisfaire, la compréhension de cet état de fait et de mon incapacité à réagir autrement me minait encore plus.

 

J'en voulais à mon fils de ne pas me laisser le temps de vivre ma vie sans lui. Je lui en voulais aussi d'être à l'origine des disputes qui ébranlaient mon couple. Je l'aimais tellement fort, et pourtant cet amour ne m'empêchait pas de regretter ma vie d'avant, si insouciante, si tournée sur moi-même.

 

J'avais l'impression de n'être plus que cela : une Mère, et dans les pires moments, une bonne à tout faire. Plus de sorties, plus d'amis, plus de complicité amoureuse. Etait-ce donc cela, avoir un enfant ? Un sacrifice ?

 

Je suis allée très très loin au fond du trou. J'ai déversé des torrents de larme. Il y avait en moi ce bonheur d'avoir mon fils, et cette douleur de ne plus exister que pour lui.

 

A l'époque, mon Amoureux ne comprenait pas réellement mon état d'esprit, mais s'efforçait chaque jour de me pousser à exprimer ce qui n'allait pas. Mais comment lui dire quelque chose que je ne comprenais pas forcément ? Ces mots que je pose aujourd'hui, seul le recul me permet de les exprimer. Avant, je me disais juste que je n'étais pas une bonne Mère, que je n'arrivais pas à concilier une vie professionnelle qui ne me satisfaisait pas et une vie familiale remplie uniquement de contraintes. Tout me pesait, sans comprendre pourquoi puisque j'étais censée être comblée.

 

Assez bizarrement, c'est ma nouvelle grossesse qui m'a redonné de l'élan. De nouveaux projets, une autre chose sur laquelle fixer mon intérêt. J'ai découvert que mon horizon pouvait s'élargir sans que mon fils en pâtisse, que je pouvais être présente sans être omniprésente. J'ai laissé son Père prendre sa place, jouer son rôle, ce que je l'empêchais inconsciemment de faire jusque là.

 

Nous avons trouvé notre équilibre.

 

Avec ma fille, je ne sais pas pourquoi, je n'ai jamais ressenti cette souffrance-là. Peut-être parce qu'elle était notre 2ème enfant, et que j'avais déjà acquis que je devrais de nouveau m'oublier un certain temps. Parce que, sans doute, j'avais pris du recul et fait passer au second plan mes envies égoïstes. Et puis aussi parce que mon Amoureux était là, que je n'étais pas la seule à souffrir de tout cela, lui qui éprouvait les mêmes choses et avait les mêmes besoins que moi.

 

Les enfants ont aujourd'hui 4 et 2 ans, et il n'est pas rare que je réagisse avec colère à leur despotisme. Nous sommes là pour eux en permanence, nous faisons tout notre possible pour jouer avec eux, répondre à leurs demandes incessantes, les élever dans la douceur tout en fixant des limites nécessaires.  Et nos petits tyrans veillent régulièrement à les repousser, soyez-en sûr!

 

Je me pose beaucoup de questions sur ma façon d'être leur Maman. Je ne réagis pas toujours comme je le souhaiterais, loin s'en faut, mais je ne suis pas surhumaine. Je fais de mon mieux, tout en faisant des erreurs. J'essaie de progresser, et je suis persuadée désormais que cela passe aussi par mon bien-être.

 

Etre une meilleure Mère, parce que je ne suis pas qu'une Mère et que je vis aussi pour moi.

 

Je tâtonne, j'avance, j'apprends, mais que je trouve ça dur!

 

Mardi soir était un de ces soirs de notre nouvelle vie de Parents. Mon Amoureux n'était pas là, et le coucher a été particulièrement difficile, comme tous les couchers hélas. A 21 heures 30, je me suis posée épuisée devant la télé et j'ai commencé à regarder un film dont je ne connaissais que le titre : "A perdre la raison".

Quel choc que cette histoire tirée de faits réels! Le récit d'un burn-out, d'une vraie dépression qui tourne au cauchemar. J'ai lu beaucoup de critiques à ce sujet depuis, notamment sur l'intérêt de mettre sur grand écran un fait divers aussi tragique, aussi intime. Le sujet est grave, et heureusement peu répandu.

Mais laquelle d'entre nous peut en toute franchise répondre ne jamais avoir ressenti ce débordement, ce trop plein qui donne envie de tout laisser tomber ? Pas au point de commettre l'irréparable, bien entendu. Dans le film, les circonstances particulièrement nocives et peu communes qui ont poussé à l'acte final sont très bien décrites.

 

Parfois, je n'ai pas envie de rentrer chez moi. Parfois, j'angoisse à l'idée de devoir les gérer seule. Souvent, le soir, nous nous retrouvons échevelés avec mon Amoureux, dégoutés d'avoir eu à gérer un énième coucher dans les cris.

 

Je ne sais plus pourquoi je voulais vous raconter tout cela. Sans doute parce que ce film m'a beaucoup touchée, et que je me suis reconnue dans cette jeune femme débordée par sa condition de Maman. Comme nous le sommes toutes à un moment ou un autre.

 

Je ne regrette pas d'avoir mes enfants. Mais je regrette souvent qu'on ne m'ait pas donné leur mode d'emploi ...

 

P.S. : et pour parler de choses plus futiles mais néanmoins nécessaires, je vous rappelle qu'il y a toujours un pot Pourty à gagner par ici!

 

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Merci à Nathalie Jomard pour ces dessins,

qui illustrent tellement bien la réalité ...

 

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Published by malise - dans Etre une Maman
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commentaires

ladypirate 23/09/2013 14:23

Je me reconnais terriblement dans ta description de la petite enfance de ton loulou... Qu'est ce que j'ai trouvé (et trouve encore...) ça difficile moi aussi ! Ne plus exister que pour les besoins
et désirs de cet "autre" qu'on aime pourtant de tout son coeur... ça demande une telle abnégation qu'on se demande bien ce qu'on devient, nous, en tant que personne. A tel point que jusqu'à
recemment, je me demandais comment c'était humainement possible d'en avoir un second en bossant à temps plein...
Et puis depuis l'idée fait son chemin, ça me fait moins peur. Et je crois que ça ferait du bien à tout le monde que je relâche un peu la pression vis à vis de mon "unique"...
bises !

malise 24/09/2013 14:47



C'est exactement ça, ce que tu décris. J'avais l'impression de ne vivre que pour lui, et pour autant je ne faisais rien pour changer les choses. Au final, je pense tout comme toi que cela ne peut
faire de mal à personne de relâcher la pression, bien au contraire. Les enfants ont été surpris au début de nous voir ressortir pour aller faire des choses pour nous (oui, c'était très inhabituel
jusque là), mais je crois que ce n'est pas plus mal que nous "défusionnions" un peu, même à 4!



Madame Sioux 23/09/2013 12:38

Comme tu t'en doutes, je suis passée (presque) exactement par le même vécu et le même cheminement il y a quelques mois.
Maintenant nous existons (presque) à nouveau en tant qu'adultes et couple (enfin ça, ça va venir... hem !), même si les enfants (de leur fait ou du notre ?) semblent parfois vouloir nous harponner
et nous tirer à nouveau vers eux autant que possible, et même si on ne sait jamais vraiment à quel moment on "peut" s'autoriser ou non à leur dire "STOP, maintenant c'est MON besoin qui passe en
1er, à toi d'attendre"...
Entre la ressource psy que tu connais et la fée du sommeil qui nous a aidés pour l'Iroquoise (même si c'est toujours pas fini), les couchers sont maintenant simples (et quand ils ne le sont pas,
mon fils comprend vite que ça n'est pas la peine d'insister, je tiens trop à mon moment de tranquillité du soir) et je suis donc plus sereine les soirs où je suis seule avec eux.
Bon courage, en espérant que tu as trouvé les ressources qui te conviennent pour accompagner cette route :-)

malise 24/09/2013 14:52



Merci infiniment, pour ce message, pour tes bons conseils ... Je ne sais pas si les ressources que nous avons choisies vont fonctionner, nous n'en sommes qu'aux débuts, mais de façon surprenante
je trouve mon fils un peu changé depuis la semaine dernière. C'est presque comme s'il était devenu "raisonnable", à s'excuser par exemple quand il pique une colère. Nous avons trouvé à la
médiathèque un super livre. Je ne me souviens plus de l'auteur, mais le titre est "je déteste", et il met en scène toutes les situations qu'un enfant peut trouver injustes. Nous discutons
beaucoup autour de ce livre, et pas mal de choses ont été verbalisées. Cela nous a notamment permis d'associer les "je déteste" que pourrait dire un enfant aux "je déteste" d'un parent. Bref,
nous progressons ... Pas facile hein, de trouver comment leur faire comprendre certaines choses sans en passer par
la case "je crie pour imposer" ...



Julie-A 23/09/2013 12:03

Merci pour cet article ! En tant que mère, je me sens tellement seule avec tous les sentiments que tu décris que cela fait du bien de les lire ici.

malise 23/09/2013 17:18



Merci à toi Julie pour ton commentaire, je suis très contente que tu me dises cela. Ce n'est pas toujours facile d'exprimer ce genre de choses, alors si juste le fait de savoir que l'on est pas
la seule à le vivre peut permettre d'aller un peu mieux, tant mieux!!!



Maman@home, blog de maman 20/09/2013 17:16

Je t'ai posé la question parce que moi je m'étais dit que je n'en aurais qu'un du fait de pensées et ressentis similaires aux tiens, je crois que j'étais trop égoïste. Et puis il y en a eu un
second parce que entre temps j'ai rencontré un nouvel homme après mon divorce, mais c'était 6 ans après... je crois que j'avais oublié ;-)

malise 23/09/2013 17:17



Je crois que tu as raison, on oublie vite en réalité, et tant mieux! Et puis quand on voit la bouille de ton Petit Loulou, on se dit que tu as bien fait d'oublier, pas vrai?



Mère Lacunaire 20/09/2013 15:56

Sujet hautement d'actualité pour moi, depuis même un peu trop longtemps à mon goût d'ailleurs. Encore de nombreuses questions restent sans réponse, même si je teste différentes choses pour les
trouver, ces réponses. Et je veux croire que je les trouverai (positive attitude power !)

malise 20/09/2013 16:09



Bonjour Mère Lacunaire, je suis ravie de te savoir par ici, tu te fais bien discrète de partout ces derniers temps! J'espère que tout va bien?! Si tu testes diverses choses, c'est donc que tu
prends peut-être un peu de temps pour toi? Je te souhaite donc de trouver ces famueses réponses. Pour ma part, rien que le fait de m'oxygéner cette semaine (ailleurs qu'en allant au boulot,
ahem!) m'a fait un bien fou, et je ne compte pas m'arrêter en si bon chemin!



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